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Site Bars en Trans
vendredi 6 décembre 2013 / 10 h 30 min

Quatre bières à ma gauche, une vodka-Braou à ma droite, trois grammes d’alcool dans le sang, plus que deux heures avant le lever du jour, et Stardust dans les oreilles. Figé devant mon ordinateur, je me demande comment accéder aux touches de mon clavier. Elles m’ont l’air si nombreuses, si éloignées, si floues. Et puis, est-ce vraiment des lettres qui sont imprimées dessus ? Le doute m’assaille sérieusement, presqu’autant que le rythme de Wandue Project qui a désormais pris le relais. Ma Boss gît, affalée sur le sol, la bave coulant doucement le long de sa joue dans un bruit qui me rappelle les ronflements du chien de ma voisine, horrible bouledogue neurasthénique atteint d’apnée du sommeil. Il est jeudi soir, les Bars en Trans ne font que commencer.

Mais comment en suis-je arrivé là ?

Voyons voir…

Tout a commencé, il était à peine 19 heures. La ville m’a happé. Je ne le réalise que maintenant mais c’est indéniable. Rennes s’est emparé de moi, s’est accaparé mon âme et a fait de moi un pantin. Je suis désormais ce jeune citadin atone qui se laisse porter par la foule sans savoir où tout cela peut bien le mener. La vie parfois fait de nous ceux-là même que nous nous défendions de devenir. Ironie du sort ?  Fatalité ? Il est désormais trop tard pour trancher.

Battant le pavé à bon train, je suis tous mes nouveaux collègues en direction du sous-sol du Pim’s, boîte de nuit crasse aux accents prononcés de ringardise New Age. On trouve, paraît-il, dans ce lieu infâme, une musique des îles capable de réveiller les cœurs les plus endormis, de réchauffer les corps les plus engourdis par le froid de l’arrière-saison. Le son de la Réunion, la magie de la Créolie. En fait, il y a du rhum-coco gratos. Tout simplement.

A peine le temps d’ingurgiter l’équivalent du territoire maritime de la Réunion en rhum-coco, et me voilà déjà reparti sur les routes à l’appel de mon estomac affamé réclamant avec insistance un repas un peu moins liquide.

Museau vinaigrette, langue de porc sauce cornichon, panna cotta crème anglaise et vodka-caramel. Finesse, délicatesse, légèreté  et gastronomie… Un petit haut-le-cœur, et c’est reparti.

Ce soir, à La Trinquette, c’est Blind Digital Citizen qui nous fait décoller. Paysage sonore, climat aérien. Ça plane à des kilomètres au-dessus de la stratosphère. Le chanteur déploie des talents vocaux étonnants, imitant à la perfection des animaux improbables, quelque part entre la mouette et le tourteau. Les mèches cahotent au-dessus des boîtes à rythmes, les baguettes frappent sur la caisse claire. Tout cela est extrêmement relaxant. Je pense à une compil feng-shui de Nature & Découverte. Le public ferme les yeux. Respire. « Maintenant, voilà la grande bestiole » nous dit le chanteur. Puis il joue de l’appeau.

Je m’en vais.

En passant par L’Artiste Assoiffé, j’aperçois de loin Faty, black diva déchaînée du groupe Jaguar, dandinant sa chapka au rythme d’un rock frénétique. Derrière elle, un tableau d’écolier gribouillé à la craie donne une note surréaliste à la scène. Mais il y a trop de monde, je poursuis mon chemin.

Et voilà que j’arrive là où je ne pensais même pas atterrir. Une affiche des Bars en Trans attire mon œil et me fait dire qu’il y a un troquet rue Saint-Mich’ dont j’avais bêtement omis de noter l’existence : le Sympatic. Au sommet d’une mezzanine solidement charpentée, deux femmes et un batteur font un véritable tabac. Acclamés par une foule en liesse qui réclame chaque chanson comme s’il en dépendait de sa vie. J’en ai entendu des sons qui dépotent, mais alors là je suis littéralement bluffé. Le charisme de la chanteuse est tel qu’elle fait du public son joujou. Les spectateurs en admiration se prêtent volontiers au jeu. Tout le monde à genoux, dit-elle ? Tout le monde à genoux – tout le monde ! – en moins de quatre secondes. Du rock’N’Roll, du vrai de vrai, une pêche d’enfer. Je ne sais pas ce dont ce trio est capable en studio, et je ne suis pas sûr d’aimer ça, mais sur scène, putain, ils savent y faire. Ces gens-là s’appellent Toybloïd. Il faut voir ça une fois dans sa vie.

Grâce à eux, j’ai assisté au slam le plus bas de plafond de l’histoire du slam. Si bien qu’après leur set, Pierre, le batteur en nage de ce trio dément, nous a avoué qu’il l’avait déjà baptisé le « slam-fax ».

« Trois mots pour les bars en Trans Pierre ?

– J’ai grave kiffé ! »

Merci Pierre.

Vous imaginez bien qu’après tant d’émotion, mon petit cœur fragile réclame un petit baume apaisant. De la bière par exemple. Ou du rhum. Ou les deux.

Beaucoup plus que ça, en fait. Mon petit cœur s’en est pris une sacrée dose, de baume, si vous voyez ce que je veux dire.

Allez écrire un article à quatre heures du matin, dans ces conditions.

Une réponse pour Oulala…

  1. Madeleine said:

    MERCI pour cette superbe review ! ça me donne méga envie de nous voir en concert !

    A bientôt sur Rennes on espère !

    MadeleinefromToybloïd

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